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LEGENDES Madlinne-as-grands-tchveas

 


MADLINNE-AS-GRANDS-TCHVEAS

(Madeleine aux longs cheveux)


Dans le folklore wallon, Madlinne-as-grands-tchveas (littéralement « Madeleine aux grands cheveux ») n’est pas la sainte chrétienne, mais un esprit malfaisant, une sorte de croquemitaine aquatique particulièrement redouté.

Nature et rôle

Cette créature appartient à la grande famille des esprits noyeurs (ou noyeurs) que l’on retrouve dans de nombreuses régions d’Europe. Son rôle principal est d’effrayer les enfants pour les empêcher de s’approcher trop près des rivières, des canaux et des plans d’eau.On racontait aux petits Wallons :

« N’allez pas près de l’eau, sinon Madlinne-as-grands-tchveas vous emportera et vous noiera ! »

Elle est particulièrement associée à la région de Namur, mais sa réputation s’étend plus largement en Wallonie.

Apparence

Comme son nom l’indique, elle est caractérisée par ses très longs cheveux. On l’imagine souvent comme une femme aux cheveux démesurément longs, parfois flottant à la surface de l’eau, qui attire ou saisit les enfants imprudents pour les entraîner dans les profondeurs.Cette image de la femme aux longs cheveux liée à l’eau n’est pas unique : on la retrouve dans d’autres traditions (Jenny Greenteeth en Angleterre, les rusalki slaves, ou encore certaines Dames blanches). En Wallonie, elle a pris le nom de Madeleine, probablement par contamination avec la sainte populaire du même nom (dont les longs cheveux sont un attribut iconographique célèbre).

Une figure ambivalente

Il est intéressant de noter que le même nom, Sainte Madlinne, désigne à la fois :

  • la sainte chrétienne (Marie-Madeleine)

  • et cet esprit malfaisant des eaux.

Cette double identité n’est pas rare dans le folklore : de nombreux saints ont vu leur nom récupéré par des êtres surnaturels destinés à faire peur aux enfants (on parle alors de « saints détournés » ou de croquemitaines christianisés).

Place dans le folklore wallon

Madlinne-as-grands-tchveas s’inscrit dans la liste des esprits et créatures destinés à protéger les enfants des dangers de l’eau, aux côtés d’autres figures comme :

  • le Spètin (lié au brouillard)

  • la Traîcousse

  • ou encore d’autres noyeurs locaux.

Elle témoigne de l’importance qu’avaient autrefois les mises en garde orales dans une région riche en rivières et canaux, où les accidents de noyade étaient une réalité fréquente. Aujourd’hui, cette figure a presque disparu de la mémoire collective, mais elle reste un bel exemple de la façon dont le folklore populaire transformait parfois des figures saintes en esprits terrifiants pour mieux transmettre des interdits de prudence.


(Sources diverses assemblées par la Belgique des Quatre Vents)