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LEGENDES La Traîcousse

 



LA TRAÎCOUSSE

Monstre des eaux des Ardennes belges et françaises. 


Dans les profondeurs de la Semois et des cours d’eau du sud-ouest des Ardennes, entre le village belge de Bohan et la commune française des Hautes-Rivières, se cache l’une des créatures les plus terrifiantes du folklore ardennais : la Traîcousse, aussi appelée Trécouche (prononcée « trécoutche »).

Apparence

La Traîcousse ressemble à un immense crabe d’environ un mètre de diamètre. Son corps est aplati et arrondi, recouvert d’écailles brunâtres de la taille d’une paume de main. Ses yeux injectés de sang sont gros comme le poing d’un adulte. Sa gueule, énorme, est hérissée de dents acérées semblables à celles d’un requin. Elle se déplace grâce à d’innombrables pattes terminées par de puissantes pinces.Dans certaines versions locales, la créature prend une forme plus humaine et devient une hideuse sorcière des rivières.

Habitat et mode de chasse

Elle affectionne les endroits les plus profonds et les plus rapides des rivières, où elle se dissimule dans de petites cavités et sous les corniches rocheuses. Là, elle attend patiemment. Dès qu’une proie s’approche du bord — un animal, un pêcheur imprudent ou, plus souvent, un enfant —, elle surgit, l’agrippe de ses multiples pinces et l’entraîne irrémédiablement sous l’eau. On ne revoit jamais les victimes. Seuls subsistent parfois, flottant à la surface, un mélange macabre de mousse, de sang, de peaux et d’os que la Traîcousse régurgite après avoir digéré sa proie.

Rôle dans le folklore

Comme beaucoup de créatures aquatiques ardennaises (Mahwot, Karnabo, Marie Crochet…), la Traîcousse servait avant tout de croquemitaine. Les parents l’invoquaient pour dissuader les enfants de s’approcher des rivières dangereuses :

« N’allez pas près de l’eau, sinon la Traîcousse vous emportera ! »

Cette peur populaire explique pourquoi les disparitions d’enfants ou de bétail près de la Semois étaient autrefois attribuées à ce monstre plutôt qu’à des accidents.

Une légende transfrontalière

La Traîcousse appartient pleinement au patrimoine commun des Ardennes belges et françaises. Elle illustre parfaitement le caractère sauvage et mystérieux de la Semois (orthographiée Semoy en France), cette rivière aux méandres profonds qui a toujours inspiré crainte et respect aux populations riveraines. Aujourd’hui encore, cette figure du folklore local continue d’alimenter l’imaginaire des conteurs, des illustrateurs et des amateurs de légendes ardennaises. Elle rappelle que, sous les eaux apparemment calmes des rivières de la région, se cachent parfois d’anciennes peurs collectives aussi tenaces que le courant lui-même.

Sources principales :

Jean Lambot, L’Ardenne (1987)

J. Tijskens, Les Noms du Croquemitaine en Wallonie (1965)

Traditions orales de la vallée de la Semois (Bohan – Hautes-Rivières)