° Le porphyre de Quenast

 


LE PORPHYRE DE QUENAST

Une pierre volcanique de réputation mondiale...


Le porphyre de Quenast, situé dans le Brabant wallon (commune de Rebecq), est l'une des roches les plus célèbres et les plus dures de Belgique. Son origine et son exploitation sont intimement liées à l'histoire géologique et industrielle du pays.

Voici les explications détaillées :

1. Une origine "volcanique" particulière (il y a 435 millions d'années)

Contrairement aux volcans de l'Eifel (en Allemagne) qui sont récents et ont laissé des cônes visibles, le porphyre de Quenast est le vestige d'un volcanisme extrêmement ancien datant de l'époque silurienne (ère Primaire).

  • Le "Neck" volcanique : La carrière de Quenast est en réalité le cœur d'un ancien volcan. Plus précisément, il s'agit d'un neck (ou bouchon volcanique) : c'est la cheminée du volcan où le magma s'est refroidi et solidifié lentement sans jamais atteindre la surface, ou alors en restant piégé juste en dessous.

  • Formation des colonnes : En refroidissant, la roche s'est rétractée et a formé des colonnes prismatiques (souvent hexagonales), semblables aux célèbres orgues basaltiques, mais ici composées de microdiorite quartzifère (le nom scientifique du porphyre local).

  • Le contexte : À cette époque, la région faisait partie d'un micro-continent appelé Avalonia qui entrait en collision avec d'autres plaques, provoquant ces remontées de magma.

2. Les propriétés exceptionnelles de la roche

Le porphyre de Quenast est recherché pour ses caractéristiques mécaniques uniques :

  • Dureté extrême : Elle résiste à l'écrasement et à l'usure de façon exceptionnelle.

  • Non poreuse : Elle ne craint pas le gel ni les attaques chimiques (sel de déneigement, acides).

  • Adhérence : Une fois concassée, elle offre une excellente accroche, ce qui est crucial pour les routes et les voies ferrées.

3. L'exploitation : Une épopée industrielle

L'extraction à Quenast a commencé modestement au 16ème siècle, mais c'est au 19ème siècle qu'elle prend une dimension mondiale sous l'impulsion de Joseph Zaman.

  • Les Pavés de Quenast : Pendant des décennies, la spécialité de la carrière était le pavé taillé à la main. Ces pavés ont été exportés dans le monde entier : on les retrouve dans les rues de Paris (notamment sur le parcours de Paris-Roubaix), de New York, d'Égypte et même d'Australie. À son apogée vers 1900, plus de 3 000 ouvriers (les "cayoteux") y travaillaient.

  • Aujourd'hui (Sagrex/Heidelberg Materials) : La production de pavés neufs a cessé. Aujourd'hui, la roche est concassée pour devenir :

    • Du ballast : Les pierres qui maintiennent les rails des trains (notamment pour les lignes TGV, qui exigent une roche très résistante).

    • Des granulats : Pour les bétons à haute résistance et les revêtements autoroutiers.

  • Un site titanesque : La carrière de Quenast est aujourd'hui la plus grande carrière à ciel ouvert d'Europe. Elle forme un immense amphithéâtre de 140 hectares et descend à plus de 125 mètres de profondeur.

En résumé

Le porphyre de Quenast est le "cadavre" pétrifié d'une cheminée volcanique vieille de 435 millions d'années. Son exploitation a fait de la Belgique le leader mondial du pavé de route au siècle dernier, et elle continue aujourd'hui de fournir les matériaux les plus robustes pour les infrastructures modernes.


La carrière de Quenast vers 1850


(Source diverses assemblées par la Belgique des Quatre Vents)