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LEGENDES Le Vert-Bouc

 


LE VERT-BOUC


Introduction

Parmi les nombreuses créatures fantastiques du folklore wallon, le Vert-Bouc (aussi appelé Verbouc) occupe une place particulière. Lié au château de Franchimont, à Theux (province de Liège), cette figure mi-humaine mi-animale incarne le mystère des trésors cachés, la ruse du diable et la fascination des veillées ardennaises. Moins célèbre que les Quatre Fils Aymon ou les macrales, il reste l’une des légendes les plus ancrées dans le patrimoine local de Theux et des environs.

Description de la créature

Le Vert-Bouc est généralement décrit comme un être hybride : un croisement d’homme et de bouc, souvent de couleur verte ou verdâtre, d’où son nom. Il évoque les satyres antiques ou les figures démoniaques du Moyen Âge. Dans le folklore plus large des Ardennes (notamment à Laforêt, en province de Namur), le Verbouc apparaît comme une créature démoniaque qui incarne ou sert le diable. 

Il peut proposer des paris ou des marchés trompeurs. À Franchimont, cependant, son rôle principal est celui de gardien inflexible d’un trésor enfoui. Son bêlement sinistre suffit à terroriser quiconque ose s’approcher.

Le cadre historique : le château de Franchimont

Le château de Franchimont, perché sur un éperon rocheux dominant la vallée de la Hoëgne, date probablement du XIe siècle. Il fut l’une des places fortes de la Principauté de Liège et le siège du marquisat de Franchimont. Aujourd’hui en ruines (classées patrimoine exceptionnel de Wallonie), le site conserve un puits profond de plus de 60 mètres. C’est précisément dans ce puits que la légende situe le trésor. Des fouilles archéologiques modernes ont exploré une partie du puits, motivées autant par la science que par le souvenir de la légende.

Le récit de la légende

Selon la tradition rapportée par le Syndicat d’Initiative de Theux, un margrave (ou seigneur) de Franchimont, dont le nom s’est perdu, partit guerroyer au loin, à l'une ou l'autre croisade sans doute. Avant de quitter son château, il enfouit un coffre contenant la majeure partie de sa fortune au fond du puits et confia sa garde au Vert-Bouc. 

Un soir de Noël, par une nuit de tourmente neigeuse, quatre jeunes gens du hameau de Marché tentèrent leur chance. Ils grimpèrent jusqu’au château désert, descendirent des cordes dans le puits et parvinrent à accrocher le coffre. Alors qu’ils le hissaient jusqu’à la margelle, l’un d’eux se coinça le doigt dans le moraillon. La douleur lui arracha un juron. Ce vacarme suffit à alerter le Vert-Bouc. Un bêlement sinistre retentit au loin. Les jeunes gens s’enfuirent, abandonnant le coffre qui retomba au fond du puits. La légende affirme que le trésor y dort encore.

Place dans le folklore wallon et interprétations

Le Vert-Bouc s’inscrit dans une longue tradition de créatures hybrides et diaboliques en Wallonie et en Ardenne (nutons, macrales, loups-garous, dames blanches…). Le motif du trésor gardé et de la tentative de vol qui échoue à cause d’un juron ou d’un bruit est classique dans les contes populaires européens. Il illustre aussi la méfiance populaire envers les richesses faciles et la puissance des forces surnaturelles liées aux lieux de pouvoir (châteaux, puits profonds). Certains y voient une figure purement démoniaque ; d’autres un esprit des lieux plus ambigu.

Le Vert-Bouc aujourd’hui

La légende continue de vivre :

  • Elle inspire des balades et animations autour du château de Franchimont.

  • Elle apparaît dans des podcasts (notamment sur la RTBF) et des contes oraux.

  • Une bande dessinée locale (« Le Serment de Perrault ») s’en est inspirée.

  • Elle est évoquée lors des foires médiévales de Theux et dans le tourisme régional.

  • Un établissement local porte même le nom « Le Verre Bouc », en clin d’œil à la créature.

Malgré les recherches dans le puits, aucun trésor n’a été retrouvé… ce qui ne fait que renforcer le mythe.

Conclusion

Le Vert-Bouc de Franchimont incarne parfaitement l’esprit du folklore wallon : un mélange d’histoire médiévale, de peur du surnaturel et de rêve d’aventure. Gardien silencieux des ruines de Theux, il rappelle que certains secrets des Ardennes préfèrent rester enfouis, protégés par un bêlement qui traverse encore les veillées d’hiver. Si vous visitez le château de Franchimont, surtout un soir de Noël… écoutez bien.


(Sources diverses assemblées par la Belgique des Quatre Vents)