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°°° LA BELGIQUE DES QUATRE VENTS - Histoires étranges, Mythes, Folklore, Traditions, Contes, Légendes, Nostalgie, la Belgique dans tous ses états °°°

° Les automobiles belges de 1895 à nos jours

 

Excelsior Phaeton


LES AUTOMOBILES BELGES

Quelques marques réputées parmi les près de 160 marques de constructeurs automobiles belges, de 1895 à nos jours


Témoignage de l'époque où la Belgique était l'une des nations les plus industrialisées au monde et un leader technologique de l'automobile, particulièrement entre 1895 et 1930.

(Les photos proposées dans cet article sont soit originales, soit recontextualisées)


MINERVA

Minerva, établie à Anvers, a produit des automobiles de 1904 à 1956, marquant son histoire par l'adoption généralisée du moteur sans soupapes de type « Knight ». Fondée par Sylvain de Jong, la marque est devenue le fleuron de l'industrie belge grâce à cet apport technique majeur qui offrait un silence et une souplesse de conduite exceptionnels, surpassant les standards de l'époque. En remplaçant les soupapes traditionnelles par des fourreaux coulissants, 

Minerva a séduit une clientèle d'élite mondiale, des têtes couronnées aux stars de Hollywood, rivalisant directement avec Rolls-Royce. Outre cette prouesse mécanique, l'entreprise s'est illustrée par la robustesse de ses châssis et des finitions de très grand luxe. Malgré ce prestige, la crise des années 1930 a forcé une fusion avec Imperia en 1934, entraînant l'arrêt des modèles originaux en 1938. Après la guerre, la firme a tenté un ultime sursaut en assemblant des jeeps sous licence Land Rover pour l'armée belge entre 1952 et 1956. Suite à des difficultés financières et contractuelles, la production a définitivement cessé, mettant fin à l'épopée de la plus prestigieuse marque automobile belge.


Minerva Type AL 40 CV Coupé (1934)

Minerva 38 CV SS (1914)

Minerva AB Roadster (1925)

Minerva AC carrossée par d’Ieteren (1925) 

Minerva AC 30 CV (1928)

Minerva AL 40 CV (1930)

Minerva AL 40 CV (1930)

Minerva - Automitrailleuse blindée (1916)

Minerva Full Size Bus (1929)

Jeep Minerva - License Land Rover (1950)

Minerva KK 18 CV Limousine (1914)

Le roi Haakon VII de Norvège au volant de sa Minerva type GG de 1913

Minerva 3300cc au RAC Isle of Man TT Race (1914)

Minerva type A 10 CV (1904)

Minerva 26 CV (1910)

Minerva type OO 30 CV (1922)

Minerva type RR 30 CV (1922)

Minerva Aster Special (1910)

Minerva 5 CV Minervette (1905)


IMPERIA

Imperia, établie à Nessonvaux (Liège), a exercé ses activités de 1904 à 1958, se distinguant par son audace technique et ses infrastructures uniques. Fondée par Adrien Piedbœuf, Imperia a marqué l'histoire avec l'adoption de moteurs sans soupapes et, plus tard, le développement de modèles à traction avant et aux lignes aérodynamiques avancées. Son apport le plus spectaculaire reste la construction, en 1928, d'une piste d'essais de 800 mètres située directement sur le toit de l'usine, une prouesse architecturale unique en Europe destinée au perfectionnement des châssis. 

Sous l'impulsion de Mathieu van Roggen, Imperia est devenue un pôle industriel majeur en absorbant les marques Minerva, Nagant et Excelsior. Après la Seconde Guerre mondiale, la firme s'est recentrée sur l'assemblage sous licence de véhicules étrangers, notamment pour Standard et Triumph. Face à la concurrence internationale et à cause d'une santé financière fragile, la production a définitivement cessé en 1958, mettant fin à l'épopée du dernier grand constructeur automobile de Wallonie. Une brève tentative de relance de la marque a eu lieu entre 2008 et 2016, d'où est née la nouvelle Imperia GP, un roadster à moteur hybride.


Imperia 1100cc 7/25 CV Berline (1932)

Imperia TA-11 Jupiter - Version "Longue" (1938)

Imperia 15/9 CV (1914)

Imperia TA-9 (1934)

Imperia GP (1929)

Imperia GP (2011)

Imperia GP (1930)

Imperia TA-7 Sport (1934)

Imperia TA-8 Sport (1948)

Imperia TA-11 Jupiter - Version "Courte" (1938)

Imperia-Abadal 3600cc ( 1922)


EXCELSIOR

Excelsior, établie à Zaventem (Bruxelles), a produit des automobiles de 1903 à 1932, s'imposant comme l'une des marques les plus prestigieuses de Belgique. Fondée par Arthur de Coninck, l'entreprise s'est distinguée par ses innovations techniques de pointe, notamment le développement du système de freinage « Adex » et d'un stabilisateur de châssis précurseur de la barre antiroulis moderne. La marque a acquis une renommée internationale grâce à ses puissants moteurs à six cylindres avec arbre à cames en tête, équipant notamment le célèbre modèle « Albert I ». 

Ces avancées permettaient aux véhicules Excelsior de briller en compétition, notamment lors des 24 Heures du Mans et au Grand Prix de Belgique. Outre ses performances sportives, le constructeur était reconnu pour son luxe raffiné, rivalisant avec les meilleures productions européennes de l'entre-deux-guerres. Cependant, les coûts de fabrication élevés et la crise économique ont fragilisé la firme. En 1929, elle fut rachetée par Mathieu van Roggen pour être intégrée au groupe Impéria, avant que la production des modèles Excelsior ne cesse définitivement en 1932, marquant la fin d'une référence du haut de gamme belge.


Excelsior 30/80 CV (1925)

Excelsior Phaeton (1911)

Une Excelsior de course au Grand Prix de France à Dieppe en 1912

Une Excelsior de course au Grand Prix de France à Dieppe en 1912

Excelsior 1928

Excelsior Adex Type C Torpédo (1926)

Excelsior Adex-C (1925)

Excelsior Type Albert 1er (1927)

Excelsior Type D.4


FN (FABRIQUE NATIONALE)

FN (Fabrique Nationale), située à Herstal, a produit des automobiles de 1899 à 1935, prolongeant son activité dans les motocyclettes jusqu’en 1967. Issue de l'industrie de l'armement, la marque a transposé sa rigueur de fabrication à la mécanique de précision pour devenir un constructeur de renommée mondiale. Sur le plan technique, FN s'est distinguée par ses innovations majeures en matière de transmission, généralisant très tôt l'usage du cardan (arbre de transmission) au détriment de la chaîne. Elle fut également pionnière avec la création de la première motocyclette à quatre cylindres au monde, une architecture moteur sophistiquée qu'elle a ensuite déclinée avec succès sur ses voitures de luxe. Ses modèles, comme la prestigieuse « Type 2000 » à huit cylindres, étaient réputés pour leur robustesse exceptionnelle, prouvée lors de nombreux raids d'endurance à travers l'Afrique. 

Malgré cette excellence, la crise économique des années 1930 a contraint l'entreprise à recentrer ses activités. En 1935, FN cesse définitivement la production de voitures de tourisme pour se consacrer exclusivement à l'armement, aux véhicules militaires et aux deux-roues, mettant fin à l'un des chapitres les plus qualitatifs de l'automobile belge.



FN 8 cylindres (1932)

FN 1300 Sport (1925) 

FN 1400 S (1930)

FN 1560 (1910)

FN Mobil Home (1930)

FN Prince Albert (1934)

FN Type 42 Prince Baudouin (1933)

FN 1600cc (1911)

FN 1625cc 11CV Cabriolet (1931)

FN 1400 10 CV pendant le raid Liège-Le Cap en mai 1928


NAGANT

Nagant, établie à Liège, a produit des automobiles de 1900 à 1928, capitalisant sur une réputation mondiale acquise initialement dans l'armurerie de précision. Fondée par les frères Émile et Léon Nagant, la firme a marqué l'histoire par une rigueur de fabrication exceptionnelle, transposant les standards de l'armement à la mécanique automobile. Sur le plan technique, Nagant s'est illustrée par le développement de moteurs à haut rendement dotés de soupapes en tête et par l'adoption précoce de systèmes de freinage performants sur les quatre roues dès le début des années 1920. La marque était particulièrement reconnue pour la robustesse de ses châssis et la longévité de ses mécaniques, comme sur les célèbres modèles « 10 CV » et « 15 CV ». 

Ces qualités permettaient aux voitures liégeoises de briller dans les rallyes et les épreuves d'endurance de l'époque, renforçant leur image de fiabilité. Cependant, face à la concentration du marché automobile belge et aux investissements croissants, l'entreprise a été absorbée par sa voisine Impéria en 1928. Cette fusion a mis fin à la production des voitures Nagant, dont le nom reste aujourd'hui un symbole de la maîtrise technologique et de la haute précision industrielle de la vallée de la Meuse.


Nagant 15 CV Tourer (1923)

Nagant 1907

Nagant Type D 14/16 CV (1909)

Nagant 4 cylindres Berline (1918) 

Une Nagant-Hobson à la Coupe Caraman-Chimay

Nagant Phaeton (1910)

Nagant-Hobson 14/16 CV "Roi des Belges" (1910)

Nagant-Hobson 1908


MÉTALLURGIQUE

Métallurgique, établie à Marchienne-au-Pont (Charleroi), a produit des automobiles de 1898 à 1928, s'imposant comme l'une des marques les plus sportives et élégantes de Belgique. Initialement spécialisée dans le matériel ferroviaire, l'entreprise s'est tournée vers l'automobile avec une ambition de haute performance et de luxe. Sur le plan technique, elle s'est distinguée par l'adoption emblématique de radiateurs en « coupe-vent » (en forme de pointe ou de V), une innovation autant esthétique qu'aérodynamique qui devint sa signature mondiale. 

Sous l'impulsion de l'ingénieur de talent Paul Bastien, la marque a développé des moteurs puissants dotés de solutions sophistiquées pour l'époque, comme les soupapes en tête et des châssis d'une grande rigidité. Ces caractéristiques ont permis à la firme de rivaliser avec les meilleures sportives européennes, gagnant une immense popularité en Grande-Bretagne. Malgré ce prestige, les séquelles de la Première Guerre mondiale et le manque de capitaux ont freiné son développement. En 1927, l'usine est rachetée par Minerva, avant d'être totalement absorbée par le groupe Imperia en 1928, mettant fin à la production de cette marque fleuron de l'industrie carolorégienne.


Métallurgique 10 litre 60/80 CV (1907)

Métallurgique 12 CV (1912)

Métallurgique 12/14 CV Sport Roadster (1921)

Métallurgique 12/15 CV Berline (1921)

Métallurgique 18 CV (1911)

Métallurgique "Coupé de Ville" (1920)

Métallurgique Speedster Boattail (1911)

Métallurgique Speedster Boattail (1911)

Une Métallurgique immatriculée en Allemagne, vers 1910


GERMAIN

Germain, établie à Monceau-sur-Sambre (Charleroi), a produit des automobiles de 1897 à 1914, s'illustrant par une rigueur de fabrication qui lui valut le surnom de « Panhard belge ». Initialement constructeur sous licence Panhard & Levassor puis Daimler, la marque a rapidement apporté ses propres innovations techniques, se distinguant par la grande précision de ses usinages et la standardisation poussée de ses composants. Sur le plan mécanique, elle fut l'une des premières à proposer des moteurs sophistiqués à quatre, puis six cylindres, et s'illustra par le développement de moteurs destinés à l'aéronautique naissante, équipant notamment le premier dirigeable belge. 

Réputées pour leur fiabilité et leur silence de fonctionnement, les voitures Germain connurent un succès international, particulièrement sur le marché britannique. Cependant, le déclenchement de la Première Guerre mondiale fut fatal à l'entreprise : ses usines furent pillées et ses machines emmenées par l'occupant. Après 1918, malgré quelques tentatives de relance, la firme ne put reprendre sa production automobile face à la nouvelle concurrence industrielle et se recentra définitivement sur le matériel ferroviaire, mettant fin à l'épopée de ce pionnier carolorégien.


Germain 6 CV (1898)

Germain 6 CV (1900)

Germain 1904

Germain Chainless (1905)

Germain GP au Grand Prix de France à Dieppe (1908)

Germain 18 CV (1912)


SPRINGUEL

Springuel, établie à Huy, a produit des automobiles de 1907 à 1914, s'illustrant par une ingénierie de pointe centrée sur l'endurance et la performance sportive. Fondée par Jules Springuel, la marque a marqué l'époque par l'utilisation de moteurs quatre cylindres à culasse en L d'une grande fiabilité, ainsi que par le développement de châssis particulièrement robustes et équilibrés. Son apport technique résidait également dans l'optimisation des systèmes de refroidissement et l'adoption précoce de boîtes de vitesses à quatre rapports, offrant une souplesse de conduite rare pour l'époque. 

Ces innovations ont permis à Springuel de triompher lors du tout premier Grand Prix de Belgique organisé à Spa en 1912, confirmant sa supériorité mécanique en compétition. Malgré ce succès, la firme fusionne avec sa voisine liégeoise Impéria dès 1912 pour former le groupe « Springuel-Impéria » sous l'égide de Mathieu van Roggen. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale et l'occupation des usines de Huy par les troupes allemandes ont définitivement brisé cet élan industriel. Après le conflit, la production ne fut jamais relancée sous le nom d'origine, marquant la fin de cette marque prestigieuse qui avait fait de Huy un pôle d'excellence de l'automobile belge.


Springuel 12 HP (1911)

Springuel 12 HP

Springuel de 1911

Springuel de 1912

Springuel de 1912

Springuel de 1912

Springuel de 1911

Springuel de 1912

Springuel Torpedo 16/20 HP (1914)

Springuel Landaulet Limousine (1913)

Springuel Torpedo Limousine (1913)


JENATZY

La "Compagnie générale belge des transports automobiles Jenatzy" établie à Laeken (Bruxelles), a produit des automobiles de 1898 à 1905, s'imposant comme le pionnier mondial de la propulsion électrique et de la haute performance. Fondée par Camille Jenatzy, le célèbre « Diable Rouge », la marque a apporté des innovations majeures dans la conception de moteurs électriques à haut rendement et dans l'allègement des accumulateurs. Son apport technique le plus visionnaire fut le développement de systèmes hybrides (moteurs à essence alimentant une génératrice électrique) dès le début du XXe siècle, cherchant à combiner silence et autonomie. L'entreprise s'est également illustrée par l'emploi de carrosseries aérodynamiques et de matériaux légers comme le partinium (alliage d'aluminium) pour optimiser les performances. 

Mondialement célèbre pour avoir franchi le mur des 100 km/h avec la « Jamais Contente » à moteur électrique, Jenatzy produisait à Bruxelles des fiacres et des voitures de luxe réputés pour leur souplesse d'utilisation. Cependant, les limites techniques des batteries de l'époque et l'essor du moteur à explosion ont freiné son expansion commerciale. La production d'automobiles sous son propre nom a cessé vers 1905, le fondateur se concentrant ensuite sur la compétition et l'industrie du caoutchouc, marquant la fin d'une épopée technologique en avance de près d'un siècle sur son temps. Camille Jenatzy mourra en 1913, dans un accident de chasse.


La "Jamais Contente" défile à Paris après avoir battu le record des 100 kms/h, en 1899

La "Jamais Contente", moteur électrique, en 1899


MIESSE

Miesse, établie à Bruxelles (Anderlecht), a produit des automobiles de 1894 à 1927, avant de se spécialiser exclusivement dans les poids lourds (camions et autobus) jusqu'en 1974. Fondée par Jules Miesse, la marque s'est initialement distinguée par sa maîtrise exceptionnelle de la propulsion à vapeur, un apport technique rare à l'époque qui garantissait un silence et une souplesse de marche supérieurs aux moteurs à explosion primitifs. Elle a perfectionné les chaudières à vaporisation instantanée avant de pivoter avec succès vers l'essence, développant des moteurs à trois, quatre et huit cylindres réputés pour leur grande robustesse. 

Miesse a également innové dans le secteur du transport collectif en concevant des châssis surbaissés et des transmissions renforcées, devenant un fournisseur majeur de bus pour la ville de Londres. Pionnière du moteur diesel en Belgique sous licence Junkers, la firme a su adapter ces mécaniques pointues aux exigences de l'industrie lourde. Malgré le prestige de ses voitures de luxe, la concurrence internationale a poussé l'entreprise à abandonner l'automobile de tourisme en 1927 pour se concentrer sur les camions. La production a finalement cessé en 1974, marquant la disparition d'un constructeur qui a incarné la longévité et la solidité de la mécanique bruxelloise.


Un autobus Miesse vers 1935

Un camion Miesse

Un taxi Miesse (1908)

Miesse-Turner à vapeur (1904)


PIEPER

Pieper, établie à Herstal (Liège), a produit des automobiles de 1899 à 1907, se distinguant par une approche visionnaire de la motorisation qui préfigurait l'ère moderne. Initialement reconnue comme l'une des plus importantes armureries au monde, la firme a marqué l'histoire sous l'impulsion d'Henri Pieper avec l'invention du premier système hybride pétroléo-électrique. Son apport technique majeur consistait en l'association d'un moteur à essence et d'un moteur électrique faisant office de génératrice et de démarreur, permettant de recharger des batteries et de fournir un surplus de puissance en côte. La marque a également innové avec ses « voiturettes » légères et ses véhicules électriques urbains, salués pour leur ingéniosité et leur fiabilité. 

Cependant, malgré ces avancées technologiques en avance de plusieurs décennies sur leur temps, l'entreprise a connu des difficultés financières qui ont mené à sa liquidation en 1907. L'héritage technique de Pieper n'a toutefois pas disparu, ses brevets sur l'hybridation ayant été repris par la marque Auto-Mixte, tandis que ses vastes usines de Nessonvaux sont devenues le berceau de la future marque Imperia, ancrant ainsi définitivement Pieper comme un pionnier de l'innovation automobile belge.


Pieper 1900

Pieper Petroleo Electrique (1899)

Pieper Petroleo Electrique (1899)


AUTO-MIXTE

Auto-Mixte, établie à Herstal, a produit des véhicules de 1905 à 1912, se spécialisant dans l'exploitation révolutionnaire des brevets d'Henri Pieper sur la propulsion hybride. Son apport technique majeur fut le développement du système « pétroléo-électrique » : un moteur à essence couplé à une machine électrique et des batteries, permettant le démarrage automatique, la récupération d'énergie au freinage et un surplus de puissance lors des accélérations. Cette technologie visionnaire, ancêtre direct de l'hybride moderne, fut appliquée avec succès aux voitures de luxe mais surtout aux véhicules lourds tels que les bus, camions de pompiers et ambulances. La marque se distinguait par l'absence de boîte de vitesses et d'embrayage classiques, offrant une souplesse de conduite et un silence de fonctionnement inégalés pour l'époque. 

Malgré des performances remarquables et une reconnaissance internationale, la complexité technique et le poids élevé des accumulateurs ont limité sa rentabilité commerciale face aux moteurs thermiques conventionnels. Suite à des difficultés financières, l'entreprise a cessé ses activités en 1912, laissant derrière elle l'un des héritages les plus innovants de l'ingénierie automobile belge, anticipant de près d'un siècle les enjeux de la mobilité durable.


Auto-Mixte Petrole Electrique (1906)

Auto-Mixte Auto-mitrailleuse blindée hybride (1911)

Auto-Mixte "Auto-salon de luxe" Brevet Pescatore (1912)


PIPE

Pipe (Compagnie Belge de Construction d’Automobiles), établie à Bruxelles (Molenbeek), a produit des automobiles de 1898 à 1922, prolongeant son activité dans les poids lourds jusqu'en 1932. Fondée par les frères Alfred et Victor Goldschmidt, la marque s'est rapidement imposée par une ingénierie de pointe rivalisant avec les meilleurs constructeurs mondiaux. Son apport technique le plus remarquable fut l'introduction, dès 1904, de moteurs dotés de chambres de combustion hémisphériques et de soupapes inclinées à 45 degrés, une architecture révolutionnaire qui optimisait le rendement thermique. Cette innovation, associée à l'usage de doubles magnétos et de systèmes d'embrayage à disques métalliques, permettait aux voitures Pipe d'afficher des performances exceptionnelles en compétition, notamment lors de la prestigieuse Coupe Gordon Bennett. Outre sa puissance, la marque était reconnue pour la robustesse de ses châssis et la qualité de ses transmissions. 

Cependant, le pillage de l'usine durant la Première Guerre mondiale porta un coup fatal à sa dynamique. Après 1918, malgré le lancement de nouveaux modèles sophistiqués, la firme ne parvint pas à retrouver sa rentabilité et se tourna vers la production de camions avant d'être absorbée par la société Brossel en 1932, marquant la fin de l'un des motoristes les plus audacieux de Belgique.


Pipe 1901

Pipe 1904

Pipe 1907

Pipe 1914

Pipe de Camille Jenatzy (1904)

Pipe Limousine (1910)

Pipe P4K (1909)


VIVINUS

Vivinus, établie à Bruxelles (Schaerbeek), a produit des automobiles de 1899 à 1912, s'imposant comme l'un des pionniers les plus influents de l'ère des voiturettes. Fondée par Alexis Vivinus, la marque a marqué l'histoire par la simplicité et l'efficacité de sa conception mécanique, initialement basée sur des moteurs monocylindres refroidis par air avant d'évoluer vers des quatre cylindres performants. Son apport technique majeur réside dans la création de châssis légers et robustes dont la licence fut vendue à de nombreux constructeurs étrangers, tels que Georges Richard en France, New Orleans en Angleterre et De Dietrich en Allemagne, faisant rayonner le savoir-faire belge à l'international. Vivinus fut également l'un des premiers à intégrer étroitement le moteur et la transmission, préfigurant le concept de groupe motopropulseur moderne. 

Malgré un succès initial et une solide réputation de fiabilité, la firme n'a pas survécu à la transition vers une production de plus grande série et aux pressions financières. En 1912, l'entreprise a cessé ses activités et ses ateliers ont été repris par la FAB (Fabrique Automobile Belge), clôturant ainsi le parcours d'un constructeur dont les brevets ont largement contribué à l'essor de l'automobile européenne.


Vivinus 3.5 HP Voiturette (1899)

Vivinus 4 cylindres (1911)

Vivinus 1900

Vivinus Voiturette (1897)


SAVA

SAVA (Société Anversoise pour la Fabrication de Voitures Automobiles), établie à Anvers (Berchem), a produit des automobiles de 1910 à 1923, s'illustrant par des solutions mécaniques axées sur la performance et la sportivité. Succédant à une fabrique de cycles, la marque a marqué l'histoire par l'adoption précoce de moteurs dotés de soupapes en tête et de chambres de combustion hémisphériques, un apport technique qui optimisait la puissance et le rendement. Ces caractéristiques, rares pour l'époque, permettaient aux voitures SAVA de se distinguer dans les épreuves d'endurance et les courses de côte, gagnant le surnom de « voitures pour connaisseurs ». 

Le constructeur a également innové avec des châssis légers et rigides, offrant une tenue de route supérieure qui rivalisait avec les meilleures productions européennes. Durant la Première Guerre mondiale, la robustesse de ses mécaniques fut mise à profit pour la création de véhicules blindés destinés à l'armée belge. Cependant, le paysage industriel de l'après-guerre, marqué par une forte concentration, a rendu la survie des petits constructeurs difficile. En 1923, SAVA fut absorbée par sa prestigieuse voisine, Minerva, qui utilisa ses ateliers pour accroître sa propre capacité de production, mettant ainsi fin à l'indépendance de cette marque dynamique du bassin anversois.


SAVA 24/30 HP (1914)

SAVA Auto-mitrailleuse blindée (1914)

SAVA 1914

SAVA Limousine (1914)

SAVA 1914


BELGA-RISE (Société Belge des Automobiles Sizaire)

Belga Rise, établie à Haren (Bruxelles), a produit des automobiles de 1928 à 1937, se distinguant par une philosophie de construction alliant la fiabilité mécanique américaine au luxe artisanal européen. Fondée par Richard Thielen et Georges Sizaire, la marque a marqué l'histoire technique par l'intégration systématique de moteurs Continental à six et huit cylindres, offrant une souplesse et un silence de fonctionnement exceptionnels pour l'époque. Son apport majeur fut la promotion du système de « roue libre » débrayable et d'un dispositif de sécurité anti-recul perfectionné, ce qui lui permit de se faire connaître comme « la voiture qui ne recule jamais ». Belga Rise misait sur des châssis d'une grande rigidité et des finitions extrêmement raffinées, visant une clientèle d'élite à la recherche d'une alternative exclusive aux marques de grande série. Elle fut également l'une des pionnières en Belgique dans l'adoption de transmissions facilitant la conduite des imposantes berlines de prestige. On relèvera également la production de véhicules pour l'armée belge.

Malgré ce positionnement haut de gamme et une esthétique souvent comparée à Rolls-Royce, la firme ne put résister à la crise économique mondiale des années 1930. La production devint sporadique avant de s'éteindre définitivement en 1937, marquant la fin d'une aventure industrielle qui tentait de marier la robustesse d'outre-Atlantique à l'élégance belge.


Belga-Rise 6 cylindres 2413cc (1934)

Une Belga-Rise de l'armée belge


DASSE

Dasse, établie à Verviers, a produit des automobiles de 1894 à 1936, se distinguant par une maîtrise précoce des moteurs à combustion interne et une robustesse mécanique à toute épreuve. Fondée par Gérard Dasse, cette manufacture a marqué l'histoire technique par le développement de moteurs à trois cylindres originaux et l'adoption, dès les années 1920, de soupapes en tête pour améliorer le rendement thermique. L'un de ses apports notables fut la création de transmissions particulièrement simples et durables, ainsi que des systèmes de freinage efficaces adaptés aux reliefs accidentés de la région de l'Est. La marque était réputée pour sa rigueur de fabrication, héritée de la précision de l'industrie textile locale, et l'utilisation d'aciers de haute qualité. 

Outre ses voitures de tourisme élégantes, Dasse s'est illustrée dans la conception de véhicules utilitaires et de camions de pompiers réputés pour leur longévité exceptionnelle. Toutefois, les difficultés liées à la production de masse et la crise économique des années 1930 ont durement touché l'entreprise. La fabrication de voitures de luxe s'est éteinte vers 1930, avant que la firme ne cesse définitivement ses activités industrielles en 1936, mettant fin à l'aventure du plus important constructeur automobile de l'agglomération verviétoise.


Dasse 1912

Autobus Dasse


FONDU

Fondu, établie à Vilvorde, a produit des automobiles de 1906 à 1912, s'appuyant sur une expertise solide acquise initialement dans la construction de matériel ferroviaire. Fondée par Charles Fondu, la marque s'est distinguée par l'apport technique de ses moteurs quatre cylindres « monobloc » d'une grande modernité, réputés pour leur silence et leur robustesse exceptionnelle. L'une de ses contributions les plus marquantes fut l'influence internationale de ses mécaniques : les plans et les moteurs Fondu ont servi de base technique à la naissance de la prestigieuse marque russe Russo-Balt. Techniquement, la firme a innové avec des systèmes de lubrification performants et des transmissions par cardan particulièrement fiables, capables de résister à des conditions d'utilisation intensives sur des routes alors précaires. Les châssis Fondu étaient reconnus pour leur rigidité, héritée des standards de la métallurgie lourde, offrant une base stable pour des carrosseries de luxe. 

Malgré un succès prometteur et une qualité de finition haut de gamme, le décès prématuré de son fondateur en 1912 entraîna l'arrêt immédiat de la production automobile. L'usine se recentra alors exclusivement sur son activité de fonderie et de pièces pour chemins de fer, refermant ainsi la parenthèse automobile de ce constructeur d'élite de la périphérie bruxelloise.


Fondu 1906

Fondu "Russo-Baltique" sous licence russe (1909)



VINCKE

Vincke, ou Société Anonyme des Automobiles N. Vincke, établie à Malines (Mechelen), a produit des automobiles de 1895 à 1905, s'inscrivant comme l'un des tout premiers pionniers de l'industrie mécanique en Belgique. 

(Les spécialistes s'accordent à dire que Vincke a mis sur le marché la première automobile belge, en 1895). 

Fondée par Nicolas Vincke, la marque a marqué l'histoire technique en étant l'une des premières à adopter le volant de direction pour remplacer la traditionnelle barre (ou « queue de vache »), une innovation majeure pour l'ergonomie de conduite de l'époque. Ses apports incluent également le développement précoce de moteurs à deux et quatre cylindres verticaux ainsi que l'utilisation de l'allumage électrique, garantissant une meilleure fiabilité que les systèmes à brûleurs. 

Réputées pour leur robustesse, les voitures Vincke ont brillé lors des premières compétitions internationales, notamment lors de la course Paris-Amsterdam-Paris en 1898. La firme se distinguait par une fabrication artisanale de haute précision, proposant des châssis capables de recevoir des carrosseries luxueuses. Cependant, face à l'émergence de constructeurs produisant en plus grandes séries comme Minerva ou Germain, la petite entreprise malinoise a peiné à rester compétitive. La production automobile a définitivement cessé en 1905, marquant la fin d'une aventure humaine et technique qui avait fait de Malines l'un des berceaux de l'automobile belge.


Vincke 1895

Vincke 1899


DELIN

Delin, établie à Louvain (Leuven), a produit des automobiles de 1899 à 1901, s'imposant comme l'un des pionniers les plus inventifs de la transition entre le cycle et l'automobile. Fondée par Joseph Delin, l'entreprise a d'abord acquis une renommée mondiale avec ses bicyclettes avant de se lancer dans la construction de voiturettes et de motocycles. Son apport technique majeur réside dans la conception de châssis tubulaires légers et extrêmement rigides, hérités de son savoir-faire dans le cycle, offrant un rapport poids-puissance exceptionnel pour l'époque. 

La marque s'est également distinguée par l'adoption de moteurs verticaux placés à l'avant et par le développement de systèmes de refroidissement par eau performants, améliorant considérablement la fiabilité mécanique par rapport aux moteurs à air. Ces innovations permettaient aux véhicules Delin de briller par leur maniabilité et leur robustesse, séduisant une clientèle au-delà des frontières belges, notamment en Angleterre et aux Pays-Bas. Malgré un succès commercial et technique prometteur, le décès prématuré de Joseph Delin en 1901 entraîna la liquidation de la société. Bien que brève, cette épopée a marqué le paysage industriel louvaniste, prouvant que la légèreté et la précision technique étaient les clés de la mobilité moderne à l'aube du XXe siècle.


Delin 1901


JONCKHEERE

Jonckheere, établie à Roulers (Roeselare), a exercé ses activités de carrosserie et de construction automobile de 1902 à 1935 environ, avant de se spécialiser définitivement dans les autobus et autocars (secteur où elle reste active aujourd'hui au sein du groupe VDL). Fondée par Henri Jonckheere, la marque s'est d'abord illustrée par la création de carrosseries de très grand luxe pour les plus prestigieux châssis mondiaux. 

Son apport technique majeur réside dans sa maîtrise exceptionnelle de l'aérodynamisme appliqué aux véhicules de prestige, culminant en 1935 avec la célèbre Rolls-Royce Phantom I « Aerodynamic Coupe », une œuvre d'art aux lignes futuristes et aux portières circulaires uniques. Jonckheere a également innové dans la transition des structures en bois vers les cadres métalliques, augmentant ainsi la sécurité et la longévité des véhicules. Outre ses créations sur mesure pour Minerva ou Hispano-Suiza, la firme a su adapter son ingénierie aux premiers véhicules de transport collectif dès les années 1920. Bien que la fabrication de voitures particulières ait cessé face à la crise économique et à l'industrialisation, le nom Jonckheere demeure un symbole mondial de l'élégance et du savoir-faire artisanal belge, perpétuant l'héritage d'un design visionnaire.


Rolls-Royce Phantom I  carrossée par Jonckheere (1935) 

Rolls-Royce Phantom I  carrossée par Jonckheere (1935) 


ANTOINE

Antoine (Établissements Antoine), établie à Liège (Bressoux), a produit des automobiles de 1899 à 1910, s'affirmant d'abord comme un motoriste de premier plan avant de devenir constructeur complet. Fondée par Victor Antoine, la marque s'est distinguée par la conception de moteurs performants et robustes qui équipèrent de nombreuses autres marques européennes, notamment britanniques. Son apport technique majeur réside dans la précision de ses groupes motopropulseurs, allant des monocylindres aux puissants quatre cylindres, caractérisés par une fiabilité mécanique exceptionnelle pour l'époque. Antoine fut l'un des pionniers dans l'optimisation des systèmes d'allumage et de carburation, permettant à ses véhicules de briller dans des épreuves d'endurance renommées comme le Circuit des Ardennes. 

Outre ses voitures de tourisme, la firme a marqué l'histoire du deux-roues en produisant des motocyclettes innovantes et des moteurs auxiliaires très prisés. Malgré cette expertise technique reconnue mondialement, la concurrence des grands industriels et le manque de capitaux ont mené à l'arrêt de la production automobile vers 1910. L'entreprise a toutefois survécu en se recentrant sur la mécanique générale et la sous-traitance, laissant le souvenir d'un motoriste d'élite ayant porté haut les couleurs de l'ingénierie liégeoise.


Antoine Voiturette (1900)

Antoine 1912


HERMES

Hermès, établie à Braine-le-Comte, a produit des automobiles de 1906 à 1909 (certaines activités sous l'appellation Hermès-Simplex se prolongeant jusqu'en 1914). Fondée au sein d'une ancienne usine de matériel ferroviaire, la marque a bénéficié de la collaboration technique d'Émile Mathis pour concevoir des véhicules de grand luxe et de haute performance. Son apport technique majeur résidait dans le développement de moteurs à quatre cylindres de forte cylindrée, atteignant jusqu'à 100 chevaux, une puissance colossale pour l'époque. La firme s'est également distinguée par l'utilisation de boîtes de vitesses à quatre rapports et de transmissions par cardan d'une grande précision, garantissant une souplesse de marche remarquable. 

Les voitures Hermès étaient réputées pour leur endurance et leur vitesse, participant avec succès à des épreuves internationales comme la Coupe Kaiserpreis. La marque a innové dans la robustesse des châssis, capables de supporter des carrosseries imposantes tout en conservant une agilité sportive. Malgré ce prestige et une qualité de fabrication rivalisant avec les meilleurs standards européens, les coûts de production élevés ont limité sa diffusion commerciale. L'aventure s'est essoufflée avant la Première Guerre mondiale, l'usine étant finalement reprise pour des activités de construction métallique, marquant la fin de la marque la plus exclusive de la province du Hainaut.


Hermès Type OOUO (1912)


LINON

Linon, établie à Ensival (Verviers), a produit des automobiles de 1895 à 1914, s'imposant comme le principal constructeur de l'Est de la Belgique. Fondée par Louis Linon, l'entreprise a marqué l'histoire par une transition réussie du cycle vers l'automobile lourde, en développant ses propres solutions mécaniques après avoir débuté avec des moteurs De Dion-Bouton. Son apport technique majeur réside dans l'adoption précoce de moteurs « monobloc » et l'utilisation généralisée de la transmission par cardan, améliorant significativement la fiabilité et le silence de fonctionnement par rapport aux systèmes à chaînes. La marque se distinguait par la robustesse exceptionnelle de ses châssis, conçus pour résister aux routes exigeantes de l'Ardenne, et par une grande précision d'usinage héritée de la tradition mécanique verviétoise. 

Linon proposait une gamme diversifiée, allant des voiturettes légères aux puissantes berlines à quatre cylindres, souvent récompensées pour leur endurance lors des épreuves sportives régionales. Malgré un succès commercial grandissant et une présence régulière aux salons internationaux, le déclenchement de la Première Guerre mondiale a porté un coup d'arrêt définitif à l'usine. La production n'a pas survécu au conflit, clôturant ainsi l'histoire de cette marque qui fut le symbole de l'excellence automobile en province de Liège.


Linon 4.5 HP Vis-a-Vis (1901)

Linon 1910

Une Linon en Australie


SUCCÈS

Succès, établie à Anvers, a produit des automobiles uniquement en 1952, représentant l'une des tentatives les plus éphémères du renouveau industriel belge d'après-guerre. Conçue par l'artisan Charles Van Hove, cette marque visait à proposer une « voiture populaire » ultra-économique pour répondre à la pénurie de moyens de transport abordables. Sur le plan technique, la Succès se distinguait par sa structure extrêmement légère et l'utilisation d'un moteur monocylindre à deux temps de marque Villiers (généralement de 250 ou 350 cm³), monté à l'arrière du véhicule. 

L'apport majeur de ce projet résidait dans sa conception simplifiée à l'extrême, cherchant à minimiser les coûts de fabrication et d'entretien grâce à une carrosserie compacte aux lignes sobres. Présentée au Salon de l'Auto de Bruxelles en 1952, elle illustrait la volonté des constructeurs locaux de proposer une alternative aux micro-voitures étrangères. Cependant, face à la montée en puissance de la production de masse européenne et au manque de moyens financiers pour une industrialisation à grande échelle, la production a cessé la même année. Ce projet demeure aujourd'hui un témoignage rare de l'audace artisanale anversoise dans le paysage automobile des années 1950.


Succès (1952)


GILLET

Gillet, établie aux Isnes (Gembloux), produit des automobiles de prestige depuis 1992, s'imposant comme le dernier constructeur de supercars artisanales en Belgique. Fondée par l'ancien pilote Tony Gillet, la marque a marqué l'histoire technique par l'utilisation d'un châssis monocoque ultra-léger en fibre de carbone et nid d'abeille Nomex, pesant à peine 58 kg, une technologie alors réservée à la Formule 1. 

Cet apport majeur a permis à son modèle emblématique, la « Vertigo », d'afficher un rapport poids-puissance exceptionnel, décrochant en 1994 le record du monde d'accélération pour une voiture de série (0 à 100 km/h en 3,1 secondes). Outre cette légèreté extrême, Gillet a innové par un design organique aux lignes fluides et l'intégration de motorisations de haute performance, notamment des blocs V6 Alfa Romeo puis V8 Maserati. La marque s'est également illustrée en compétition internationale, remportant plusieurs titres en catégorie G2 du championnat FIA GT. Bien que la production demeure extrêmement exclusive et confidentielle, l'entreprise poursuit aujourd'hui ses activités dans la conception de prototypes et la sous-traitance technologique de haute précision. Gillet incarne ainsi la survie et l'excellence de l'ingénierie automobile belge contemporaine, alliant artisanat d'art et matériaux composites de pointe.


Gillet Vertigo (1991-2016)


COLSON

Laurent Colson, basé à Liège (Jupille), a conçu un prototype unique entre 1949 et 1951, marquant l'histoire par son avant-gardisme technique. Cet artisan, issu d'une famille de carrossiers liégeois (Colson Frères), a réalisé un apport technique majeur en utilisant une carrosserie en fibre de verre, l'un des tout premiers essais de ce matériau en Belgique. Le véhicule reposait sur un châssis de Volkswagen Coccinelle (Beetle), conservant sa mécanique fiable tout en lui offrant une silhouette de roadster sportif et élégant, très basse et profilée. 

Présenté au Salon de l'Auto de Bruxelles en 1951, ce prototype visait à démontrer les possibilités offertes par les nouveaux matériaux composites pour la petite série. Malgré l'intérêt suscité par ses lignes modernes et sa légèreté, le projet n'a jamais franchi l'étape de l'industrialisation en raison des coûts et de la complexité de mise en œuvre de la résine à l'époque. Ce modèle unique demeure aujourd'hui un témoin fascinant de la créativité des carrossiers belges qui, dès l'après-guerre, ont tenté de transformer la populaire "VW" en une voiture de sport exclusive.


Colson 1950



ALTONA

Altona Motors, Borgerhout (Anvers), 1938-1946. Apports techniques : Conception de tricycles légers à traction avant et motorisations de petite cylindrée (Villiers). Fondée par les frères Altona, la marque s'est d'abord spécialisée dans la production de tricycles motorisés économiques, adaptés aux besoins de mobilité urbaine. Durant la Seconde Guerre mondiale, elle se distingue par la fabrication de micro-voitures et de cyclecars destinés à pallier la pénurie de carburant. Ces véhicules utilisaient des moteurs monocylindres de 125 cm³ à 200 cm³ et se caractérisaient par une structure minimaliste privilégiant la légèreté. 

L'innovation majeure de la firme fut l'intégration précoce de la traction avant sur certains modèles à trois roues, améliorant ainsi la tenue de route. Malgré une tentative de passer à des modèles à quatre roues après la Libération, la concurrence des grands constructeurs internationaux force la fermeture de l'usine en 1946. Altona demeure aujourd'hui un témoin rare de l'ingéniosité belge dans le secteur des micro-véhicules d'entre-deux-guerres.


Altona Condor (1946)


APAL

Apal (Application Polyester Armé Liège), Herstal, 1961-1998. Apports techniques : Pionnier européen de la carrosserie en polyester armé de fibre de verre, spécialiste des châssis tubulaires et des carrosseries légères sur bases mécaniques Volkswagen et Porsche. Fondée par Edmond Pery et Bruno Vidick, Apal s'est illustrée par sa maîtrise exceptionnelle des matériaux composites. La marque débute avec le coupé Apal GT à portes papillon, mais acquiert une renommée mondiale grâce à ses buggies "tout-terrain" montés sur des châssis de Coccinelle raccourcis. 

Dans les années 1980, elle connaît un second souffle avec la production de la Speedster, une réplique de la Porsche 356 saluée pour sa qualité de fabrication. Au-delà des voitures de loisirs, Apal a produit des monoplaces de Formule Vee et des véhicules utilitaires originaux. Malgré un succès commercial international et des milliers de kits exportés, le durcissement des normes d'homologation et la concurrence industrielle mènent à l'arrêt de la production automobile en Belgique à la fin des années 1990. La marque reste aujourd'hui une référence absolue du kit-car de haute qualité.


Apal Buggy (1972)

Apal Coupé (1961)

Apal Jet VW 1200 cc


DE COSMO

De Cosmo et Cie, Liège, 1903-1908. Apports techniques : Pionnier des motorisations à quatre et six cylindres de forte cylindrée, promotion de la transmission par cardan sur ses premiers modèles et diversification vers les véhicules utilitaires et maritimes. Fondée par l’ingénieur italien Joseph De Cosmo après son passage remarqué chez FN (Herstal) où il conçut leur première automobile, la marque s'installe à Liège pour produire des voitures de luxe et de haute performance. 

Ses premiers modèles, les Type A (24 CV) et Type B (30 CV), se distinguent par des moteurs quatre cylindres robustes et une transmission moderne par arbre. En 1906, la firme repousse les limites techniques avec un imposant modèle six cylindres de 8,3 litres, alors destiné à une clientèle d'élite. Exportés en Angleterre sous le nom de Wilkinson-De Cosmo, ses châssis étaient réputés pour leur fiabilité mécanique. Malgré une diversification dans la fabrication d'autobus, de camions et de moteurs de canots rapides, la complexité financière et la concurrence féroce de l'époque entraînent la cessation de la production en 1908. De Cosmo reste une figure emblématique de l'âge d'or de l'industrie automobile liégeoise.


De Cosmo 24 HP (1903)


RUMPF

Rumpf, Bruxelles, 1899-1907. Apports techniques : Conception de moteurs propres (bi-cylindres et quatre cylindres), adoption précoce de la transmission par arbre (cardan) sur certains modèles et châssis réputés pour leur robustesse. Fondée par Jean Rumpf, la marque s’établit au cœur de la capitale belge durant la période d'effervescence automobile du début du XXe siècle. À ses débuts, le constructeur assemble des voiturettes légères utilisant des moteurs monocylindres De Dion-Bouton, avant de développer ses propres motorisations de 10 à 20 CV. 

Les véhicules Rumpf se distinguent par une qualité de fabrication artisanale et une fiabilité qui leur permettent de briller dans les premières épreuves d'endurance et de régularité. La firme exporte une partie de sa production, notamment vers le Royaume-Uni, et participe activement aux grands salons internationaux de l'époque. Cependant, limitée par une capacité de production restée très modeste face à la standardisation croissante de l'industrie, l'entreprise ne parvient pas à maintenir sa rentabilité. La production automobile cesse définitivement en 1907, laissant derrière elle l'image d'un constructeur sérieux ayant marqué l'histoire pionnière de l'industrie motorisée à Bruxelles.


Rumpf 7 HP Vis-à-Vis (1899)


SPEEDSPORT

Speedsport, Sté Baertsoen et Bonar située rue Waelhem à Schaerbeek, 1924-1927. Apports techniques : Spécialiste de la transformation de moteurs Ford T avec des culasses à soupapes en tête (OHV), conception de carrosseries légères profilées en aluminium et châssis surbaissés. 

La marque Speedsport s'est imposée comme le premier grand préparateur automobile belge. En utilisant la base robuste de la Ford Modèle elle a développé des composants mécaniques hautes performances, notamment des arbres à cames spéciaux et des systèmes de refroidissement améliorés, transformant de modestes utilitaires en voitures de course compétitives. Les "Speedsport Specials" se distinguaient par leur esthétique fuselée, souvent sans portières pour maximiser la rigidité et la légèreté. Ces véhicules ont brillé dans les années 1920 lors de courses de côte et sur le circuit de Spa-Francorchamps, prouvant l'efficacité de l'optimisation mécanique artisanale. Bien que la production de modèles complets sous sa propre marque ait été de courte durée, l'entreprise a continué son activité de garage et de préparation technique jusque dans les années 1950. Speedsport demeure une référence historique pour son rôle de pionnier dans le domaine du tuning et de la performance sur mesure.


Speedsport Type PE (1925)


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