Trois ruisseaux, le Vuylbeek, le Karregatbeek et le Zwanewijdebeek, alimentent l’Étang de Boitsfort, en bordure de la Forêt de Soignes. C'est dans le lit discret de cet étang que la Woluwe prend sa source avant de sinuer le long du boulevard du Souverain. Elle continue sa course souvent souterraine jusqu’aux Étangs Mellaerts et aux étangs du Parc de Woluwé, dont elle recueille les trop-pleins. Puis elle passe sous l’avenue de Tervuren et réapparaît, enfin, à l’entrée du boulevard de la Woluwe. Elle suit alors cette artère à ciel ouvert jusqu’à Machelen, traversant les communes de Woluwé-Saint-Pierre, Woluwé-Saint-Lambert et Woluwé-Saint-Étienne, pour finalement se jeter dans la Senne.
La Woluwe possède elle-même de nombreux petits affluents dont : le Watermaelbeek qui traverse le parc de la Héronnière à Watermael-Boitsfort, le Roodkloosterbeek qui prend sa source dans la forêt de Soignes et longe l'ancien prieuré du Rouge-Cloître à Auderghem, le Bemelbeek à Woluwé-Saint-Pierre, le ruisseau du parc des Sources, le Roodebeek et le Struykbeek à Woluwé-Saint-Lambert, le petit Maelbeek à Kraainem et le Kleine Beek à Zaventem.
Mais sous la surface paisible de ces cours d'eau bruxellois se cacherait un secret bien plus sombre. L'histoire a commencé à circuler à l'été 2017, lorsqu'un promeneur matinal a aperçu une silhouette massive et écailleuse fendre silencieusement les eaux du grand étang du Parc de Woluwé. L'œil vitreux et le museau allongé apparus entre deux nénuphars n'appartenaient pas à une grosse souche dérivante, mais bel et bien à un crocodile. D'autres témoignages fort semblables suivent...
Averties en secret pour éviter toute panique générale chez les riverains, les autorités communales auraient discrètement dépêché des équipes d'intervention. Des fouilles approfondies auraient été menées dans les zones marécageuses du parc et le long de la rivière, mais en vain. La végétation dense de la Forêt de Soignes toute proche et le lacis de canalisations souterraines sous le boulevard du Souverain offrent un abri parfait à un prédateur sachant se faire invisible.
Au fil des années, les témoignages troublants se sont accumulés. Des joggeurs nocturnes affirment avoir entendu des claquements de mâchoires résonner à proximité de l'avenue de Tervuren. D'autres jurent avoir aperçu deux grands yeux luisants au bord du Zwanewijdebeek, fixant la nuit, avant de disparaître sans un bruit dans l'eau sombre. Etc, etc.
Les indices matériels, eux aussi, ne trompent guère les habitués des lieux. Il n'est plus rare de retrouver, au petit matin, des cygnes majestueux déchiquetés sur les berges des Étangs Mellaerts ou des canards sauvages amputés d'une patte (?). Plus inquiétant encore, plusieurs propriétaires de petits chiens ont signalé des disparitions inexplicables le long du boulevard de la Woluwe, là où la rivière coule à ciel ouvert.
Certains commentateurs locaux, souvent fort loquaces et imaginatifs, pensent qu'un individu relâché illégalement aurait survécu grâce à la chaleur des conduits urbains. D'autres suggèrent qu'un couple se serait reproduit, formant une petite colonie discrète qui remonterait le cours d'eau de Machelen jusqu'à Boitsfort. Aujourd'hui encore, lorsque la brume se lève sur les étangs de Woluwé, certains promeneurs rares n'osent s'approcher trop près du bord.
